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" Maintenant " : Ségolène ROYAL répond aux banlieues

MainteMainteDans son livre « Maintenant », sorti le 27 mars, Ségolène ROYAL répond à une question de Marie-Françoise Colombani sur « les banlieues ». En voici le texte ci-dessous. Dans cet ouvrage en forme d’abécédaire « de A à Z », elle revient à plusieurs endroits sur la question des discriminations notamment à l’embauche, le scandale des jeunes diplômés qui galèrent et du délit de faciès, les ghettos urbains et scolaires, l’insuffisante diversité dans la représentation politique. Elle réaffirme, comme elle l’a souvent fait, qu’elle ne veut plus entendre parler de « 2ème, 3ème ou 4ème génération » pour des enfants qui sont, à ses yeux, aussi français que tous les autres. Elle a par ailleurs indiqué qu’elle était favorable, pour renforcer l’efficacité de la HALDE (Haute Autorité de lutte contre les discriminations) au fait de rendre public le nom des entreprises qui ne respectent pas, dans leurs recrutements et la gestion de leurs salariés, l’égalité et la diversité républicaines.

BANLIEUES Violences, chômage, insécurité… Quel est très concrètement votre plan d’urgence pour les banlieues ?

Vous aussi, vous tombez dans ce piège, ou ce préjugé, de réduire les banlieues à leurs problèmes alors que moi, je veux y voir une partie de la solution du redressement de la France ! Je sais bien que, dans nos quartiers populaires, la vie est difficile, le chômage plus élevé qu’ailleurs, la pauvreté et la précarité aussi. Les jeunes y font tous les jours l’expérience des discriminations, avec ou sans diplôme, ce qui n’encourage pas les petits à s’investir à l’école et tous les autres à faire confiance à la République. Mais ces quartiers, c’est aussi beaucoup d’énergie, de créativité, d’envie de s’en sortir et ça, pour le pays, c’est une chance qu’il faut arrêter de gâcher. Je m’y rends régulièrement, j’écoute beaucoup, je discute avec des jeunes, avec des parents, avec des militants associatifs, avec des enseignants. Je peux vous dire qu’ils ne supportent plus ce regard misérabiliste, cette diabolisation apeurée, ces mots qui humilient alors même que l’État ne fait pas ce qu’il doit, que les solidarités élémentaires ne sont pas au rendez-vous, que la ghettoïsation les enferme. Les banlieues se sont embrasées et rien, strictement rien n’y a été réglé. Les conditions d’une nouvelle explosion sont réunies et elle sera plus violente encore car le désespoir des uns sera plus profond et l’exaspération des autres à son comble. Vous savez, beaucoup me l’ont dit : ils ne veulent pas être assistés, ils veulent des raisons d’espérer, du respect et la possibilité de vivre comme tout le monde, de réussir à l’école, d’avoir un travail qui permet de se projeter dans l’avenir.

Je ne veux plus de ce gaspillage qui nourrit le ressentiment et la colère. Je veux répondre à la soif d’égalité de ces familles et de ces jeunes, garçons et filles, qui en ont assez qu’on leur parle d’intégration comme s’il fallait sans cesse qu’ils prouvent qu’ils sont aussi français que les autres. J’ai, dans mon équipe, des jeunes qui ont grandi et milité dans les cités : ils en connaissent bien les ressources. J’ai travaillé avec Aclefeu, l’association qui s’est créée à Clichy-sous-Bois lors de la révolte des banlieues après l’électrocution mortelle de deux adolescents dont j’ai d’ailleurs rencontré les parents. À travers un tour de France des cités, ils ont constitué des cahiers de doléances dont ils ont tiré un « contrat social et citoyen » qui fait la synthèse de toutes ces attentes et ces propositions. Je me suis engagée sur ce pacte car il recoupe, pour l’essentiel, celui que je propose aux Français.

J’ai indiqué que je mettrai en œuvre dans les banlieues un plan global sur cinq ans, la durée de mon mandat. La plupart des cent mesures de mon pacte présidentiel auront des conséquences très concrètes pour les quartiers populaires et tout particulièrement le droit au premier emploi, l’aide aux jeunes créateurs d’entreprises, les 500.000 emplois tremplins et les emplois-parents, la sécurité sociale professionnelle et le revenu de solidarité active, l’allocation d’autonomie pour les jeunes et la carte santé16-25 ans. Mais aussi les 120.000 logements sociaux par an, des services publics qui fonctionnent, la fin des ghettos scolaires et le soutien scolaire gratuit, les maisons de santé de proximité, la nouvelle police de quartier, le recadrage des jeunes qui dérapent, la justice accessible et impartiale, la bataille sans merci contre les discriminations. Nous y reviendrons, je l’espère, plus en détail au fil de cet entretien.

Tout se tient – la famille, l’école, l’emploi, les sécurité sociales et la sécurité publique. Il faut donc agir de manière cohérente dans tous ces domaines, investir massivement là où les besoins sont les plus criants, se fixer des objectifs de résultats et évaluer chemin faisant l’efficacité de l’action publique pour corriger le tir s’il le faut : c’est comme cela que je veux remettre les cités dans la République et donner aux jeunes qui les peuplent les moyens de prendre leur vie en main. Seule cette politique par la preuve redonnera confiance et courage à ceux qui n’y croient plus ou qui doutent d’eux-mêmes.